VinEnChine - Les importations resteront soutenues en 2018 en chine

Les importations resteront soutenues d’ici 2018, affirme une étude australienne

Depuis l’annonce fin avril par l’OIV que la Chine est devenue le deuxième vignoble mondial avec près de 800 000 hectares, un certain émoi est palpable au sein de la filière. Longtemps restée dans l’obscurité, l’étendue du vignoble chinois commence à se préciser, plaçant l’Empire du Milieu désormais devant la France. Cela signifie-t-il pour autant que les importations vers ce marché immense vont se tarir ? Rien n’est moins sûr si l’on en croit les projections que viennent de publier deux chercheurs australiens.

40% DU VIGNOBLE DEDIE AU VIN

En effet, en Chine, il n’y a pas de corrélation directe – du moins pour l’instant – entre l’étendue du vignoble et la production de vin. Certes, toujours selon l’OIV, la Chine, avec l’Amérique du Sud (hors Brésil), constituent les foyers principaux de croissance du vignoble mondial, mais à présent la production chinoise de vin la situe au 8ème rang mondial avec 11,2 millions d’hectolitres (hors jus et moûts). L’explication de cet écart réside dans la forte proportion de raisins de table cultivés en Chine. Selon un représentant du géant chinois Cofco interrogé récemment, seuls 40% du vignoble seraient dédiés à la production de vin. Depuis ses débuts récents à la fin des années 80, le vignoble de cuve en Chine a connu une croissance exponentielle, notamment au cours des 15 dernières années. Cependant, comme le constatent Kym Anderson, professeur d’économie à l’Université d’Adélaïde, et Glyn Wittwer de l’Université de Victoria dans leur étude sur « L’évolution du rôle de l’Asie sur le marché mondial du vin », actualisée en avril, « la progression de l’offre n’a pas réussi à suivre l’augmentation de la demande », entraînant la montée en flèche des importations que l’on connaît.

LE VIGNOBLE CHINOIS BÉNÉFICIE D’UNE MARGE DE DÉVELOPPEMENT IMPORTANTE

La marge de progression reste toutefois importante car, toujours selon l’étude australienne, la part du vignoble parmi les cultures chinoises s’avère faible, en deçà de celle du Japon. De plus, la nature des terrains viticoles permet à ces derniers de ne pas empiéter sur des terres arables, précieuses dans un pays doté d’une population de 1,4 milliard d’habitants. Enfin, la réglementation chinoise autorise les opérateurs à assembler jusqu’à 90% de vins importés avec des produits nationaux sans que leur soit ôtée la dénomination « Made in China ». Cette autorisation a donc gonflé les chiffres de la production nationale. Reste à savoir quel impact le développement éventuel de la consommation de vins blancs pourrait avoir sur la physionomie du vignoble car en 2010, 96% des superficies de raisins de cuve étaient rouges, notamment du cabernet-sauvignon, toujours selon Anderson et Wittwer.

FORTE HAUSSE PRÉVUE DES IMPORTATIONS

Sur la base des éléments existants, les deux chercheurs australiens – dont l’étude a été financée par l’Australian Grape and Wine Authority – prévoient une progression de « seulement » 210-290 millions de litres de la production d’ici à 2018. La courbe actuelle et prévisible de la consommation de vin leur permet de pronostiquer une hausse importante de celle-ci, située entre 620-940 millions de litres d’ici 2018, par rapport à une base de 1630 ML consommés in 2011. Selon l’OIV, en 2014 la Chine a importé 4,5 Mhl. Si l’on additionne les projections sur la production et celles relatives à la consommation, on pourrait voir augmenter les importations dans une fourchette allant de 330 et 740 ML, estiment les chercheurs, toujours sur la base des chiffres de 2011. « La classe moyenne en Chine comptant environ 250 millions de personnes à l’heure actuelle pour une hausse de 10 millions par an, et le vin de raisin ne dépassant pas 4% de la consommation de boissons alcooliques par 1,1 milliard d’adultes chinois, il n’est pas déraisonnable de prévoir d’importantes hausses des volumes de vin demandés ». C’est bien l’envergure de la population adulte locale qui génère de telles attentes, car, comme le font remarquer Anderson et Wittwer, « les taux de croissance récents et prévisionnels de la consommation par habitant en Chine ne sont pas plus impressionnants que ceux qui ont caractérisé plusieurs pays du nord-ouest de l’Europe ces dernières décennies ». Conséquence des hausses prévues : la part de la production chinoise dans la consommation locale devrait passer de 85% en 2009 à des taux variant de 67% en fourchette haute à 54% en fourchette basse.

L’AUSTRALIE GRAND RIVAL DE LA FRANCE D’ICI 2018 ?

Même si certains éléments imprévisibles – les évolutions économiques, la politique fiscale interne et les taux de change par exemple – rendent les projections aléatoires, il est indéniable que la Chine va continuer à dominer le marché asiatique du vin dans les années à venir. Les accords de libre-échange signé avec certains pays producteurs de vins et non des moindres, auront pour leur part un impact sur la distribution des parts de marché. Le Chili, la Nouvelle-Zélande et l’Australie entendent profiter de cette manne, sachant que le taux zéro sur les tarifs douaniers est intervenu en 2012 pour la Nouvelle-Zélande et entre en vigueur en 2015 pour le Chili puis en 2018 pour l’Australie. D’ores et déjà, et sans que l’impact de la suppression progressive des tarifs douaniers puisse être estimé actuellement, l’étude prévoit un gain de 21 ML par an des exportations de vins australiens vers la Chine entre 2011 et 2018, du fait de la progression de la consommation et des importations. A telle enseigne que l’Australie rivaliserait avec la France sur le plan de l’augmentation des importations en valeur d’ici 2018, selon le scénario jugé le plus probable par Anderson et Wittwer. En termes de volumes, c’est le Chili qui sortirait grand gagnant, avec la plus forte hausse de ses importations, si deux sur les trois scénarios évoqués par les chercheurs devaient se produire. Seul le scénario dit « de base » où les taux de change resteraient identiques à ceux de 2011 – scénario jugé peu probable dans l’étude – serait favorable à la France et lui permettrait de renforcer sa part dominante des importations en Chine.

L’AUSTÉRITÉ VA TOUCHER LA FRANCE ET L’AUSTRALIE

Enfin, l’autre facteur dont ne tient pas compte l’étude porte sur les mesures d’austérité introduites par le gouvernement chinois il y a deux ans pour restreindre les dépenses démesurées sur les banquets et cadeaux de luxe. « Il est indéniable que cette offensive en faveur de l’austérité va saper la croissance des ventes de vins dans les catégories super-premium et icône. Mais dans la mesure où celles-ci ne représentent qu’une petite part des volumes totaux commercialisés, l’impact sur la consommation globale et les importations en Chine est très faible ». Il n’en reste pas moins que, les répercussions sur les valeurs seraient bien réelles : la baisse est estimée à 80 millions de $ en 2018, la France et l’Australie subissant ce revers de plein fouet avec une diminution d’environ 2% de leurs importations en valeur en 2018.

LA CONSOMMATION AVANCERA PLUS VITE QUE LA PRODUCTION

Les projections avancées par les professeurs Anderson et Wittwer semblent relativement optimistes. En effet, ils prévoient une consommation à l’horizon 2018 située dans une fourchette allant de 22,5 Mhl à 25,7 Mhl. Or, une étude réalisée par l’IWSR pour le compte de Vinexpo – tout en affirmant que la consommation chinoise devrait renouer avec la croissance – situe plutôt le volume consommé à 20,7 Mhl en 2017. Quoi qu’il en soit, il semble peu probable que la production chinoise suive ce rythme, laissant augurer un avenir positif pour les importations, du moins à court et à moyen terme.

Souce : Vitisphère.fr

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